Manifeste des Nivernaises, pour l’ouverture d’un débat sur les conditions dans lesquelles nous donnons la vie. Qui sommes nous ? De simples citoyennes des champs. Que voulons-nous ? Que notre parole soit enfin prise en compte. Pourquoi ? Parce qu’il nous semble qu’aujourd’hui, en France, les vaches sont mieux traitées que nous lorsqu’il s’agit de donner la vie. Parce que nous pensons que la fermeture des maternités de proximité et la transformation des petits hopitaux en coquilles vides privent une grande partie des Françaises et de leurs familles d’un accès à la sécurité, à la qualité, au confort nécessaires, sous prétexte du contraire. Malgré notre opposition, la maternité de Clamecy a fermé, sans qu’aucune alternative sérieuse soit proposée aux femmes, lesquelles sont priées de s’habituer aux nouvelles conditions qui leur sont faites sans qu’on leur demande leur avis. Or qu’est-ce qui attend aujourd’hui, en France, une femme enceinte qui a la malchance de vivre dans un de ces fameux déserts médicaux qui se créent un peu partout sur notre territoire, et par voie de conséquence aussi celle qui réside près d’un grand hopital ? Pour toutes, un accouchement programmé, qui évitera les embouteillages en salle d’accouchement, garantira d’avoir une chambre à sa disposition, mais à quel prix ? - programmer, c’est prendre le risque de perturber le travail naturel et d’aboutir à une césarienne, donc à plus d’inconfort, d’insécurité, et à un coût plus élevé pour la collectivité, ce qui est absurde. - programmer, c’est faire passer des considérations de pure gestion, en privilégiant la rentabilité au détriment de la qualité, avant l’intérêt de la mère et de l’enfant, ce qui est inacceptable : mais un accouchement naturel prend plus de temps, nécessite plus de personnel pour faire face à plusieurs cas en même temps, et ne rapporte rien à l’hôpital car il ne nécessite pas ou peu d’actes médicaux… Et pour celles qui refuseront la programmation, un risque accru d’accoucher dans l’ambulance ou le camion des pompiers… et peut-être prématurément, car elles auront aussi dû faire de longs trajets pour aller passer loin de chez elles divers examens au cours de la grossesse Oui, les vaches sont mieux traitées que nous : elles ont droit à toute l’attention de l’éleveur, à un environnement familier et confortable, à des visites régulières pour vérifier le bon déroulement du vélage, mais sans intervention intempestive pour accélérer les choses. Pour elles on respecte la règle d’or afin que tout se passe au mieux : du calme, pas de précipitation, pas de stress pouvant contrarier l’enchaînement des mécanismes hormonaux conditionnant la bonne sortie du petit, la délivrance, la montée de lait… Ce n’est qu’en cas de nécessité qu’on fait appel au spécialiste, au vétérinaire, lequel bien sûr se déplace à domicile… Pourquoi ne serait-il pas possible d’offrir des conditions pareilles aux femmes, en n’importe quel point du territoire, afin que la majorité des accouchements, qui ne posent aucun problème particulier, se passent dans la sérénité, garantissant ainsi à nos enfants un bon départ dans la vie ? A l’heure où le développement durable et le respect de l’environnement sont des valeurs consensuelles, est-ce trop demander qu’elles s’appliquent aussi à l’être humain ? Qui accepterait d’être obligé de manger au fast food parce que tout autre choix de restauration a été supprimé? Pourquoi alors les femmes devraien-elles accepter la fast birth, une naissance standardisée pour cause de rentabilité des hôpitaux ? Une telle atteinte à la liberté est-elle acceptable ? D’autres pays sont capables de proposer un réel choix aux femmes, alors pourquoi pas la France ? Si vous pensez comme nous qu’il est temps qu’un véritable débat sur ces questions s’ouvre en France, pourquoi pas sous la forme d’un référendum d’initiative populaire, exprimez-vous sur notre blog, apportez-y vos témoignages afin que notre parole gagne en force et que nous soyons, citoyennes et citoyens des villes et des champs, enfin entendus.
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